Sortie du Grand débat : les maires ruraux ne veulent pas d’un “bricolage technique”

Réunis en Assemblée générale à Najac, le 7 avril 2019, les Maires ruraux de France ont adopté une résolution proposant un véritable sursaut républicain pour sortir la société française de ses difficultés et les Français de situations dramatiques parfois renforcées dans les territoires ruraux. Ils formulent ainsi de de multiples propositions très concrètes.

Ce lundi 8 avril, au Grand Palais, tous les acteurs de la commission du Grand débat national étaient réunis pour les restitutions des contributions des Français. La veille, c’est à Najac que les membres de l’Association des Maires ruraux de France (AMRF) ont souhaité réaffirmer avec force leurs priorités pour leurs territoires et leurs habitants : “La négation de la ruralité doit trouver un terme dans les annonces à l’issu du Grand Débat et les réponses ne doivent pas être de l’ordre du bricolage technique”, écrivent-ils dans leur résolution finale.
Si depuis l’action qu’ils ont initiée en ouvrant leur mairie pour libérer la parole des ruraux, l’État a changé son discours sur les élus locaux, en particulier sur le rôle des maires, ceux-ci “doutent de la sincérité de ce dernier quand se poursuivent les fermetures de services publics et l’affaiblissement des communes dans une forme d’aveuglement coupable et préoccupant”. Et de prévenir : les actes doivent être forts et modifier le quotidien des Français qui vivent à la campagne au risque d’une aggravation sensible de la situation. Pour cela les Maires ruraux alertent sur les erreurs de l’État et appelle le Parlement, le Gouvernement et le Président de la République à changer de doctrine.

La culture, clé de voûte du vivre ensemble

Pour résoudre ces problématiques, les maires ruraux proposent “un autre chemin, optimiste et positif en s’appuyant sur une lecture renouvelée du rôle de la commune, des élus et de la ruralité par de plus en plus d’acteurs. Le regard sur la ruralité change. C’est ce qui ressort une nouvelle fois des travaux menés durant trois jours à Najac résumés dans [la] résolution à laquelle se rattachent une série de motions thématiques adoptées”. A ce titre, la culture y tient un rôle qu’ils qualifient de “précieux et salvateur pour le vivre ensemble et l’économie des territoires”.
Soulignant la place singulière et essentielle de la culture, ils appellent à un travail d’inventaire et de référencement inédit pour révéler l’importance et la diversité des formes culturelles, qui valorisent, avec les associations, la dynamique de notre identité, issue des villages de France. Ceci tout au long de l’année, et pas seulement durant la période estivale.
En partenariat avec les acteurs opérationnels sur le sujet, ils proposent que soit créé un répertoire national mobilisant tous les acteurs et les communes afin de favoriser la reconnaissance du monde rural dans ce domaine. “Les actions culturelles des communes, des associations doivent être davantage connues, reconnues et soutenues pour leur rôle dans le vivre ensemble et la contribution aux modes de vie de nos villages. Nous rappelons l’importance du lien avec la jeunesse et celle d’une articulation forte entre l’école rurale et la culture de notre pays¨.

POUR UN AGENDA RURAL

Les maires ruraux appellent également à l’élaboration et la mise en œuvre d’un agenda rural pour une prise en compte des besoins spécifiques des zones rurales dans l’objectif de mener une politique de cohésion des territoires qui rompe avec une pratique inefficace de priorisation du développement en faveur des métropoles. “La crise que connaît notre pays appelle à un bouleversement de l’action publique et privée en vue de redonner aux habitants de nos communes confiance en l’avenir. Il s’agit de révéler le potentiel des territoires ruraux par un changement de discours pour favoriser la vision positive de la ruralité”. Face au refus de l’État d’instaurer une Loi ruralité proposée par l’AMRF, celle-ci appelle à un sursaut collectif, impliquant citoyens, associations, entreprises, partenaires sociaux, parlement et pouvoirs centraux. “Face à la colère et aux aspirations de nos concitoyens, ne rien faire serait coupable, se contenter d’amender l’existant irresponsable”.

Enseigner et soigner

Les Maires ruraux de France exigent par ailleurs le retrait de l’article 6 quater du Projet de loi pour une école de la confiance permettant la création d’Établissements publics locaux des savoirs Fondamentaux (EPLSF). Ils demandent aux parlementaires, particulièrement aux sénateurs qui vont étudier le texte dans les prochaines semaines, de supprimer cet article. Ils réaffirment l’urgence de revoir la fonction même des Conseils départementaux de l’Éducation nationale (CDEN) “alibis de concertation pour officialiser la carte scolaire annuelle, alors qu’ils pourraient être des lieux d’échanges et d’écoute afin de s’engager dans une vision prospective”, écrivent-ils. Ils proposent ainsi d’en faire une véritable instance de dialogue et d’aménagement scolaire du territoire.
Les élus ruraux sont également très préoccupée par le contenu du projet de loi relatif à l’organisation et à la transformation du système de santé et sur les conséquences concenrant l’accès aux soins pour les habitants du monde rural. “Le texte, issu du vote en séance plénière de l’Assemblée nationale, laisse présager d’une aggravation importante en matière d’offre de soin sur les territoires, déjà de plus en plus délaissés”, s’inquiètent-ils. “Alors que la couverture médicale s’étiole et que les habitants ruraux font face à des problèmes d’accès aux services, qu’ils sont de plus en plus nombreux à renoncer à se soigner, aucune référence aux enjeux territoriaux ou à la désertification médicale n’y ait faite, leurs missions se limitent à : l’appui aux professionnels de santé de ville et aux autres acteurs de l’offre de soins”, ajoutent-ils..
Aussi les maires ruraux soutiennent-ils le Manifeste national en faveur de la renaissance des maternités condamnées en insistant sur “le rôle négatif et le déni des agences régionales de santé et du ministère face à la souffrance des patients, le burn-out des soignants, la disparition des services publics hospitaliers, et au final la négation des droits constitutionnels d’égalité”.

Mettre en place un statut de l’élu attractif

Les maires ruraux demandent enfin la mise en place d’un “statut de l’élu local attractif”. C’est même pour eux est une urgence démocratique. L’organisation territoriale française en un maillage communal inédit est une originalité française issue de la Révolution, qui, pour l’AMRF, doit être sauvegardée du fait de ses nombreux bienfaits, en termes de proximité avec les citoyens, de porosité aux problématiques qu’ils rencontrent, de lien social, etc. “Il est urgent d’instaurer un véritable statut de l’élu local qui permette à tous les citoyens – sans distinction d’âge, de sexe, d’activité professionnelle – de candidater aux prochaines élections municipales, avec la garantie de pouvoir articuler son mandat électif avec une vie personnelle et professionnelle”. A ce titre, ils saluent et soutiennent la proposition de loi créant un statut de l’élu communal du sénateur Pierre-Yves Collombat et certaines dispositions du rapport du Groupe de travail sénatorial sur les conditions d’exercice des mandats locaux, tout en exigeant d’en finir avec l’exclusion des communes les moins peuplées de certains dispositifs.

© AMRF

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